NF EN 15635 §9.4.4 - Recherche des causes du dommage

NF EN 15635 §9.4.4 - Recherche des causes du dommage

NF EN 15635 §9.4.4 - Recherche des causes du dommage

En bref

La recherche des causes du dommage est l'étape essentielle qui suit tout sinistre au rayonnage : elle identifie les facteurs responsables (conduite du chariot, qualité de l'engin, palettes, jeux insuffisants, sol) pour éviter la répétition. Selon la NF EN 15635, cette analyse systématique réduit les coûts de maintenance et renforce la sécurité en exploitation.

Les points essentiels :

  • Chaque dommage révèle un dysfonctionnement du système d'exploitation.
  • Douze causes possibles couvrent conduite, équipement, configuration, environnement.
  • L'analyse doit être formelle et tracer l'origine exacte (pas de probabilité).
  • Les actions correctives doivent prévenir la répétition, pas juste réparer.
  • Un suivi régulier consolide la culture de sécurité en entrepôt.

Pourquoi remonter à la cause

Tout dommage au rayonnage révèle une faille dans la maîtrise du système d'exploitation. Selon la NF EN 15635 §9.4.4, l'objectif n'est pas de constater le sinistre, mais de rechercher les causes potentielles pour réduire ou éliminer la répétition. Cette démarche transforme une intervention curative en une opportunité de prévention.

Laisser un dommage sans enquête expose l'entrepôt à une escalade : le même scénario se reproduit, les réparations s'accumulent, et le risque d'effondrement augmente progressivement. En effet, chaque impact dégrade la capacité portante des éléments (montants, lisses), et l'absence d'action préventive comprend à la fois la sécurité des personnes et la rentabilité de la zone de stockage.

La norme impose donc que le responsable de sécurité (PRSES) ou un contrôleur désigné engage une procédure formelle d'analyse immédiatement après la découverte du dommage. Cette investigation ne remplace pas la classification (VERT/ORANGE/ROUGE), mais la complète pour asseoir une amélioration continue. Vous trouverez le guide complet de la norme qui expose la démarche générale de gestion de la sécurité en exploitation.

« Pas de dommage sans cause identifiée et sans action corrective. »


Les 12 causes possibles

La norme énumère une liste non limitative de 12 conclusions possibles que l'enquête peut identifier. Cette taxonomie recouvre quatre domaines : la conduite de l'engin, la qualité de l'équipement (engin et palettes), la configuration du système (jeux, allées), et l'environnement (propreté, éclairage, sol). Aucune de ces causes ne peut être écartée d'emblée ; l'analyse doit examiner chacune de manière systématique.

En pratique, un dommage résulte souvent d'une combinaison de plusieurs facteurs mineurs plutôt que d'une seule cause majeure. Par exemple, un choc de chariot sur un montant peut coexister avec une allée trop étroite et un engin mal orienté : à elles trois, ces variables créent les conditions de l'impact. L'enquête doit donc croiser les pistes et identifier le chaînage causal, pas seulement le symptôme apparent.

La liste des 12 causes (NF EN 15635 §9.4.4) couvre :

  • Mauvaise conduite du chariot
  • Qualité insuffisante de la formation ou du recyclage des caristes
  • Changement de l'engin d'origine
  • Mauvais état de l'engin
  • Changement de type ou qualité de palette
  • Accessoires de charge endommagés
  • Charge dépassante les limites de la spécification
  • Jeux de manœuvre insuffisants
  • Largeur d'allée insuffisante
  • Manque d'ordre et de propreté dans la zone
  • Eclairage insuffisant
  • Défauts du sol

« L'enquête doit croiser les 12 pistes, pas arrêter au premier coupable apparent. »


Conduite, engins, palettes, jeux, sol

La conduite du chariot et la formation des caristes

La mauvaise conduite du chariot est la cause la plus fréquemment identifiée. Elle englobe des gestes : vitesse excessive, freinage brutal, demi-tour serré, contact involontaire avec un montant ou une lisse lors du manœuvre. Selon la norme, cette cause signale qu'une formation ou un recyclage des caristes est nécessaire.

Dès lors que l'enquête conclut à une mauvaise conduite, le PRSES doit vérifier que les caristes ont suivi une instruction formelle sur le fonctionnement sûr du system. La norme insiste : chaque personne travaillant à proximité de l'installation doit recevoir une instruction explicite sur la capacité portante, les jeux de manœuvre, et les vitesses de déplacement autorisées. Un programme de recyclage régulier (annuel minimum recommandé) renforce la compétence et réduit les sinistres de 20 à 30 % selon les benchmarks de l'industrie.

D'autre part, si la formation est à jour mais que les comportements à risque persistent, une analyse de charge mentale ou de conditions de travail (fatigue, manque de visibilité, stress) doit être envisagée.

L'état de l'engin et les changements de flotte

Un changement de l'engin d'origine (remplacement d'un chariot par un modèle différent, ou achat d'une seconde flotte) expose à un risque comportemental : les dimensions du nouvel engin (hauteur libre sous fourches, longueur des bras, rayon de braquage) peuvent être incompatibles avec la géométrie du rack existant.

La NF EN 15635 §9.2.1 impose que le rayon de braquage du chariot ne dépasse pas le rayon retenu au calcul de l'installation. Si un nouvel engin présente un rayon plus important, les allées deviennent trop étroites, et les chocs deviennent inévitables. De même, un mauvais état mécanique du chariot (freins défaillants, direction raide, fourches mal alignées) amplifie les risques de conduite : le chariot ne répond pas aux sollicitations du cariste de manière prévisible.

En cas de changement de flotte ou d'ajout d'engins, une vérification formelle de compatibilité (dimensions, rayon de braquage, hauteur libre) doit précéder la mise en circulation. Conserver les plans techniques de la flotte existante et les comparer avec les nouveaux engins évite des surcoûts de réparation.

Le type et l'état des palettes

Les palettes jouent un rôle structurel majeur : une palette de mauvaise qualité, endommagée, ou dépourvue de stabilité transversale amplifie le risque de chute de charge ou de déformation des lisses. Un changement de type ou de qualité de palette (passage de palettes europalettes à des palettes légères, ou introduction de palettes d'occasion) peut dégénérer en surcharge inopinée.

La norme exige que les palettes soient « stables et dans les tolérances de largeur » (NF EN 15635 §9.2.1.2). Une palette trop large (hors tolérances) crée des forces de cisaillement sur les lisses et les montants lors du retrait ou du dépôt. Une palette instable basculante induit des chocs latéraux. L'enquête doit examiner si les caractéristiques physiques des palettes utilisées correspondent à la spécification d'origine.

Les jeux de manœuvre et la configuration d'allée

Des jeux insuffisants entre la palette et le rack sont une source majeure de chocs. Un jeu minimum d'au moins 50 mm est généralement préconisé pour les allées standards, et 30 mm pour les allées très étroites avec guidage mécanique. Un jeu inférieur crée une friction constante et des impacts latéraux à chaque manipulation.

Un changement d'organisation (introduction de racks plus étroits ou de palettes plus épaisses sans ajustement des allées) génère cette cause immédiatement. De même, une largeur d'allée insuffisante empêche un braquage correct du chariot : le cariste est forcé à des manœuvres saccadées ou à redresser trop tardivement, provoquant un contact. Mesurer l'allée réelle et la comparer à la spécification contractuelle du fabricant est une étape d'audit simple mais indispensable.

Le sol et l'ordre de la zone

Un sol en mauvais état (fissures, tassement différencié, pentes) provoque des déformations résiduelles des montants et change la verticalité de la structure. Ces défauts accumulent les précédents dommages et transforment un choc bénin en sinistre grave. Un dépôt de débris, de marchandise mal rangée, ou d'accessoires au sol gêne la trajectoire du chariot et force des zigzags qui génèrent des impacts.

Un éclairage insuffisant est un accélérateur : un cariste ne voyant pas bien accélère les manœuvres et réduit sa marge d'erreur. Selon l'analyse de risques (NF EN 15635 §9.2), l'établissement doit assurer un chauffage et un éclairage appropriés aux opérations. Une enquête de dommage qui révèle une zone d'ombre chronique doit déclencher une correction (éclairage mobile, renforcement du flux lumineux sur les allées critiques).

« Sol, propreté, éclairage : l'environnement conditionne la sécurité au même titre que l'équipement. »


Agir pour éviter la récurrence

Une fois la cause (ou les causes) identifiée, le PRSES doit mettre en place une action corrective proportionnée à la gravité du dommage et à la probabilité de réitération. Selon la NF EN 15635 §9.7.2, cette démarche est fondée sur l'analyse des modèles de dommages types et sur une escalade organisée.

Les trois niveaux d'action :

Si la cause relève de la conduite, une session de formation ou un rappel des procédures suffit souvent. Si elle concerne l'engin, un entretien préventif ou un remplacement peut être nécessaire. Si elle touche la configuration (jeux, allée, sol), une modification de l'organisation ou une correction structurelle (résurfaçage, signalisation des zones à risque, installation de protections) s'impose.

Chaque action corrective doit être documentée et traçable : date de mise en place, personne responsable, délai prévu pour la vérification. Un suivi mensuel ou trimestriel permet de confirmer que l'action a réduit les sinistres dans la zone concernée. Si la même cause persiste malgré l'action, une analyse de profondeur plus fine est requise (ex. audit externe si le dommage s'étend).

Protections complémentaires :

Au-delà de la correction de la cause, l'installation de protections physiques (butées de montants, plinthe élastomère, contreventement supplémentaire) offre une assurance supplémentaire. Ces protections ralentissent l'accélération du choc et limitent la déformation inélastique des éléments, réduisant ainsi le classement du dommage (ROUGE vers ORANGE, ou ORANGE vers VERT après intervention).

Pour les zones chroniquement exposées (allées très fréquentées, carrefours, emplacements en cul-de-sac), des protections préventives sont un investissement rentable : elles coûtent moins qu'une réparation et préservent la disponibilité du système.

« Corriger la cause, puis protéger le système : la récurrence s'élimine ainsi. »


Parmi les causes possibles, un changement de fournisseur ou l'emploi d'une marque ancienne comme Tixit - dont les pièces ne sont plus fabriquées - peut expliquer des dommages récurrents mal traités.

Questions fréquentes

Comment démarrer une enquête de dommage en pratique ?

Dès qu'un dommage est signalé au responsable de sécurité (PRSES), celui-ci doit placer une étiquette datée sur la zone et isoler les emplacements si le risque est ORANGE ou ROUGE. Ensuite, collectez les faits factuels : date et heure du sinistre, cariste impliqué (pas une culpabilisation, mais un entretien), charge stockée, engin utilisé, conditions de visibilité. Consultez les logs du système de gestion d'entrepôt (WMS) si disponibles. Cette collecte doit être complétée dans les 24 à 48 heures pour que les détails restent frais.

Faut-il forcément impliquer un expert externe pour analyser les causes ?

Non. Pour les dommages VERT ou ORANGE simples, le PRSES et un responsable d'entrepôt formé peuvent conduire l'enquête. En revanche, si le dommage est ROUGE, si la cause reste obscure malgré cette analyse interne, ou si le sinistre s'étend sur plusieurs éléments, l'avis d'un expert externe (vérification structurelle, diagnostic géotechnique du sol, audit du WMS) est justifié. La norme prévoit une inspection d'expert tous les 12 mois minimums pour tous les systèmes.

Quelle est la différence entre la cause du dommage et son classement (VERT/ORANGE/ROUGE) ?

Le classement décrit la gravité du dommage (son impact sur la capacité portante). La cause décrit le pourquoi il s'est produit. On peut avoir un dommage ORANGE (déformation important) causé par une mauvaise conduite, ou un dommage VERT causé par un défaut de sol chronique qui s'agit. Les deux analyses sont indépendantes et complémentaires : l'une détermine l'urgence de la réparation, l'autre détermine la stratégie de prévention.

Comment mettre en place une action corrective si plusieurs causes sont identifiées ?

Hiérarchisez par impact et probabilité. Si une mauvaise conduite ET une largeur d'allée insuffisante sont toutes deux présentes, commencez par la formation (rapide, coût faible) tout en planifiant l'ajustement de l'allée (coût plus élevé, délai plus long). Documentez les priorités dans une fiche d'action formelle, avec responsable, délai et ressources associées. Un classeur d'actions ouvertes (papier ou logiciel) permet un suivi trimestriel.

Les dommages répétés au même endroit doivent-ils déclencher une escalade ?

Oui. Si la même zone subit des chocs malgré une action corrective, cela signale soit que l'action n'a pas fonctionné (ex. formation insuffisante), soit que la cause réelle n'a pas été identifiée (ex. un défaut de sol passé inaperçu). Une escalade doit être engagée : audit externe, inspection détaillée, ou modification plus radicale de la configuration. Un dommage classé ORANGE non réparé après quatre semaines doit être reclassé en ROUGE selon la norme.

Qui doit signer ou valider l'enquête de cause ?

Le responsable de sécurité (PRSES) est responsable de l'enquête et de sa validation. Pour les dommages mineurs (VERT), un simple rapport écrit cosigné par le responsable d'entrepôt suffit. Pour les dommages ORANGE ou ROUGE, la fiche d'enquête doit être cosignée par le PRSES et, si possible, par la direction ou un manager de site pour les actions correctives engageantes. Cette traçabilité renforce la responsabilité et la pérennité des actions.


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Chaque dommage est une opportunité d'amélioration si vous en tirez les bonnes leçons. Une enquête systématique des causes élimine les sinistres récurrents et renforce la sécurité d'exploitation à long terme. Nos experts vous aident à mener ces analyses et à déployer les actions correctives adaptées à votre parc.

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Pour aller plus loin


NB: Les informations sur ce site sont données à titre informatif sans garantie d'exactitude. Cet article peut comporter des erreurs, omissions et des informations qui ne sont pas à jour. Vous devez donc obligatoirement vous procurer un exemplaire complet et à jour de la norme en vigueur de l'AFNOR pour vous assurer que vous remplissez l'ensemble des obligations de la norme et assurer la sécurité dans votre entrepôt en accord avec la réglementation en vigueur.

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