NF EN 15635 §9.7 - Procédures d'action face aux dommages

NF EN 15635 §9.7 - Procédures d'action face aux dommages

NF EN 15635 §9.7 - Procédures d'action face aux dommages

En bref

Les procédures d'action face aux dommages EN 15635 forment un processus structuré en trois étapes - Contrôle, Evaluation, Action - qui permet de décider, sans ambiguïté, quoi faire dès qu'un montant, une lisse ou un contreventement présente une anomalie. Ce cadre normatif protège les personnes et la capacité portante du rayonnage.

Les points essentiels :

  • Tout dommage constaté déclenche obligatoirement une évaluation par le PRSES.
  • Les réparations de composants sont interdites sauf accord express du fabricant.
  • Le niveau ROUGE exige un déchargement immédiat et un barriérage de la travée.
  • Le niveau ORANGE doit être corrigé en moins de quatre semaines.
  • L'analyse des modèles de dommages récurrents réduit les chocs futurs.

Du constat à l'action

Dès qu'un problème de sécurité ou un dommage est repéré - par un cariste, un préparateur ou toute autre personne présente - la NF EN 15635 impose une transmission immédiate au PRSES (Personne Responsable de la Sécurité de l'Exploitation du Stockage). Ce signalement immédiat est formalisé en §9.4.2.1 : aucun délai n'est toléré avant la mise en alerte.

Le PRSES réalise alors une évaluation objective, fondée sur les critères de mesure des §9.5 et §9.6. Cette évaluation classe le dommage dans l'une des trois catégories normatives - VERT, ORANGE ou ROUGE - et déclenche la voie d'action correspondante. L'ossature, les montants, les lisses, les contreventements et les entretoises sont les composants prioritairement contrôlés, car leur intégrité conditionne la stabilité de toute l'alvéole.

En pratique, cette chaîne de signalement fonctionne à condition que tout le personnel ait reçu une instruction formelle sur le fonctionnement sûr du rayonnage, conformément à §9.4.2.1. Un cariste non formé qui constate un sabot arraché ou un montant fléchi mais ne sait pas à qui le signaler laisse un RISQUE ROUGE non traité.

« Tout dommage non signalé immédiatement peut évoluer en effondrement dans les heures suivantes. »

La norme précise en §9.3 que l'effondrement d'un rayonnage endommagé n'est pas nécessairement immédiat : il peut survenir après plusieurs heures ou plusieurs jours. Dès lors, l'urgence du signalement n'est pas seulement réglementaire - elle est physique. Plus le délai entre l'apparition du dommage et l'intervention est long, plus le risque s'accumule silencieusement dans l'ossature chargée.

Quelle règle s'applique concrètement lorsqu'un élément est déjà endommagé et que l'on hésite entre réparation et remplacement ?


Remplacer plutôt que réparer

La règle du §9.7.1 est tranchée : les réparations de composants endommagés ne sont pas autorisées, sauf approbation explicite du fournisseur. Cette interdiction couvre les montants, les lisses, les traverses, les contreventements et les sabots. Elle résulte d'une contrainte métallurgique : les profilés de rayonnage sont formés à froid, ce qui rend le contrôle qualité d'une réparation thermique ou mécanique en entrepôt pratiquement impossible.

En d'autres termes, redresser un montant à la masse ou souder un connecteur de lisse fendu sans validation du fabricant n'est pas une réparation - c'est une aggravation masquée du risque. Le composant peut paraître conforme visuellement alors que sa capacité portante résiduelle est fortement dégradée.

« Un montant redressé sans accord fournisseur n'est pas réparé - il est compromis. »

En conséquence, la seule voie normative est le remplacement par une pièce identique du même fabricant, comme le rappelle également §9.2 (responsabilités de l'utilisateur). Cela implique de disposer d'un stock minimal de composants courants : verrous d'attache de lisse (§9.4.7 impose de conserver un stock dans l'établissement), sabots, montants de rechange pour les ossatures les plus sollicitées.

Par ailleurs, un remplacement mal exécuté peut introduire de nouvelles fragilités. Aussi, si le fabricant approuve une réparation particulière - soudure certifiée, renforcement par éclisse homologuée - c'est lui qui définit le protocole, pas le gestionnaire d'entrepôt. Tout écart annule la capacité portante affichée sur la notice de charge.

Certains dommages se répètent toujours aux mêmes endroits. Pourquoi, et comment en tirer une leçon systémique ?


Analyser les modèles de dommages

Selon §9.7.2, une analyse des modèles de dommages types doit être réalisée pour en déterminer la cause et minimiser les dommages futurs. Cette obligation va au-delà du simple constat : elle demande une lecture des patterns récurrents pour corriger les causes racines, pas seulement les symptômes.

Le §9.4.4 liste les causes potentielles à explorer lors de chaque investigation :

  • Mauvaise conduite du chariot élévateur.
  • Qualité insuffisante de la formation ou du recyclage des caristes.
  • Changement d'engin depuis le dimensionnement initial (rayon de braquage différent).
  • Mauvais état de l'engin.
  • Changement de type ou de qualité de palette (débordements, fragilité).
  • Accessoires endommagés ou non conformes.
  • Charges dépassantes hors gabarits d'alvéole.
  • Jeux de manœuvre insuffisants entre la lisse et l'unité de charge.
  • Largeur d'allée de circulation inadaptée.
  • Manque d'ordre et de propreté dans la zone de travail du chariot.
  • Eclairage insuffisant.
  • Défauts du sol (sol dégradé, tassements, fissures).

En pratique, un entrepôt qui remplace régulièrement les mêmes montants en pied d'échelle sans analyser pourquoi ils sont systématiquement frappés s'expose à une spirale coûteuse. Si les montants du premier niveau sont toujours les mêmes à afficher un RISQUE ORANGE, la cause est probablement un jeu de manœuvre insuffisant, une palette débordante ou un cariste qui aborde l'alvéole avec un angle inadapté.

« Répéter les remplacements sans analyser la cause, c'est financer le prochain dommage. »

L'analyse débouche sur des mesures correctives : pose de protections de montants (butées, plinthes anti-choc, plots de fixation renforcés), révision des gabarits d'alvéole, formation ciblée des caristes, ou adaptation du dispositif anti-chute sur les tablettes exposées. Ces mesures relèvent de §9.7.3 (procédure d'action) et du §9.2 (responsabilités de l'utilisateur). Elles constituent la dimension préventive indissociable de la dimension curative.


L'organigramme Contrôle-Evaluation-Action

L'organigramme décrit en §9.7.3 est le cœur des procédures d'action face aux dommages EN 15635. Dès que possible après la découverte d'un dommage, le PRSES évalue objectivement la dangerosité et le risque d'effondrement (en s'appuyant sur §9.5 pour les montants et contreventements, et §9.6 pour les lisses), puis oriente le traitement selon trois voies exclusives.

RISQUE ROUGE - action immédiate

Si les limites de déformation mesurées en §9.5.1 sont dépassées d'un facteur égal ou supérieur à 2, ou si la lisse présente une déformation permanente ou des fissures au niveau des soudures, le classement est ROUGE. La procédure est sans équivoque :

  1. Décharger immédiatement toutes les travées concernées.
  2. Barriérer la zone pour interdire toute réutilisation (corde, signalétique physique).
  3. Engager le remplacement des composants endommagés.
  4. Une fois la réparation correctement réalisée par une pièce conforme : remise en service.

Aucune marchandise ne peut rester en charge sur une travée classée ROUGE. La norme donne un exemple pratique : décharger la travée en présence du contrôleur, puis la barriérer avec une corde pour empêcher toute réutilisation avant réparation. Ce barriérage n'est pas optionnel - il constitue la preuve tangible que la procédure a bien été activée.

RISQUE ORANGE - action dans les quatre semaines

Si les limites de §9.5.1 sont dépassées d'un facteur inférieur à 2, le classement est ORANGE. La gravité est réelle mais ne justifie pas un déchargement d'urgence. En revanche, une fois un emplacement ORANGE déchargé, il ne doit plus être rechargé avant réparation.

La séquence normative est la suivante :

  1. Identifier précisément les dommages à réparer (liste des composants concernés).
  2. Commander les pièces de rechange auprès du fabricant.
  3. Apposer des étiquettes datées sur les emplacements à ne pas recharger.
  4. Réparer dès que possible - et au plus tard dans les quatre semaines suivant le premier marquage.

Si ce délai de quatre semaines est dépassé, ou si la gravité augmente entre le marquage et la réparation, le §9.5.3 impose de requalifier en RISQUE ROUGE et d'appliquer la procédure correspondante. Ce mécanisme d'escalade automatique est crucial : il empêche qu'un ORANGE « oublié » reste en service indéfiniment.

NIVEAU VERT - surveillance et enregistrement

Si les déformations mesurées ne dépassent pas les limites de §9.5.1, le composant est classé VERT. Cela ne signifie pas l'absence de toute attention : selon §9.5.2, ces composants doivent être enregistrés comme aptes à l'usage et marqués clairement pour réexamen lors des prochaines inspections. La capacité portante affichée n'est pas réduite, et le maintien en service est autorisé.

Néanmoins, si lors d'une inspection ultérieure la gravité a augmenté (déformation progressant vers les seuils ORANGE), le PRSES escalade le classement. A défaut, la surveillance se poursuit à la fréquence normale - hebdomadaire selon §9.4.2.2, annuelle pour l'inspection par expert selon §9.4.2.3.

Tableau récapitulatif des trois voies d'action

NiveauCritère (§9.5.1)Action immédiateDélai maximal
VERTDéformation ≤ limitesEnregistrer, marquerJusqu'à la prochaine inspection (≤ 12 mois)
ORANGEDéformation > limites, facteur < 2Marquer, ne pas recharger après déchargement4 semaines (sinon → ROUGE)
ROUGEDéformation > limites, facteur ≥ 2Décharger + barriérer immédiatementRemplacement avant toute remise en service

« Quatre semaines : la norme fixe une limite absolue pour traiter un ORANGE. »

Ce cadre à trois niveaux s'articule avec les inspections hiérarchisées du §9.4 : signalement immédiat (§9.4.2.1), contrôles visuels réguliers (§9.4.2.2) et inspection annuelle par expert (§9.4.2.3). Il garantit que chaque dommage, quel que soit son niveau de gravité, suit un chemin balisé jusqu'à sa résolution ou sa surveillance documentée.


Ce que dit la norme

NF EN 15635 §9.7 - Procédures d'action vis-à-vis des dommages

§9.7.1 - Les réparations de composants endommagés ne sont pas autorisées, sauf approbation du fournisseur. Les composants endommagés ne devraient pas être réparés mais remplacés, le contrôle qualité étant difficile sur les matériaux formés à froid.

§9.7.2 - Une analyse des modèles de dommages types doit être réalisée pour en déterminer la cause et minimiser les dommages futurs (voir §9.4.4).

§9.7.3 - Dès que possible après la découverte d'un dommage, le PRSES réalise une évaluation objective de la dangerosité et du risque d'effondrement (voir §9.5 et §9.6) et engage les mesures via l'organigramme Contrôle - Evaluation - Action.


Questions fréquentes sur les procédures d'action dommages EN 15635

Peut-on réparer un montant endommagé sans contacter le fabricant ?

Non. Selon la NF EN 15635 §9.7.1, les réparations de composants endommagés sont interdites sauf approbation explicite du fournisseur. Les montants sont formés à froid : toute intervention thermique ou mécanique non validée dégrade leur capacité portante résiduelle sans que cela soit visible à l'œil nu. Le seul recours normativement conforme est le remplacement par une pièce identique du même fabricant.

Combien de temps peut-on laisser un emplacement ORANGE en service ?

La NF EN 15635 §9.5.3 fixe un délai maximum de quatre semaines à compter du premier marquage. Si la réparation n'est pas effectuée dans ce délai - ou si la gravité augmente entre-temps - l'emplacement doit être requalifié en RISQUE ROUGE : déchargement immédiat et barriérage obligatoires. Ce délai s'applique même si l'emplacement n'a pas été rechargé depuis le marquage.

Qui est habilité à évaluer et classer les dommages dans l'organigramme ?

L'évaluation et le classement relèvent du PRSES (Personne Responsable de la Sécurité de l'Exploitation du Stockage), désigné par l'utilisateur conformément au §9.1 et §8.1.1. Le signalement initial peut venir de n'importe quel membre du personnel (§9.4.2.1), mais l'évaluation objective selon les critères de déformation des §9.5 et §9.6 est de la responsabilité exclusive du PRSES ou d'une personne techniquement compétente mandatée.

Qu'est-ce qu'une déformation au-delà d'un facteur 2 signifie concrètement ?

Pour un montant dont la limite normative est de 5,0 mm (flambage dans le sens de la portée des lisses, selon §9.5.1), un facteur 2 signifie une déformation mesurée supérieure à 10,0 mm avec la règle métallique de 1 m. Au-delà de ce seuil, le composant passe en RISQUE ROUGE : la capacité portante résiduelle est trop compromise pour maintenir la charge. Le déchargement immédiat est alors la seule option conforme.

Faut-il analyser les dommages récurrents même si on les remplace rapidement ?

Oui. La NF EN 15635 §9.7.2 impose une analyse des modèles de dommages types pour en déterminer la cause et prévenir la récurrence. Un entrepôt qui remplace régulièrement les mêmes montants sans identifier pourquoi (jeux insuffisants, engin inadapté, éclairage déficient) s'expose à un cycle coûteux et ne remplit pas ses obligations normatives. L'analyse débouche sur des mesures correctives : protections de montants, révision des gabarits, formation des caristes.

Comment barriérer une zone ROUGE dans l'entrepôt ?

La NF EN 15635§9.5.4 précise que les entreprises doivent prévoir une méthode de barriérage des zones ROUGE. Un exemple pratique cité : décharger la travée en présence du contrôleur, puis la barriérer avec une corde pour empêcher toute réutilisation avant réparation. Le barriérage doit être physiquement visible et durable jusqu'à la remise en service validée. Des étiquettes datées renforcent la traçabilité de la procédure.


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